Pour styliser l’Histoire –
« Un seul bracelet ne tinte pas, il en faut plusieurs » – Anonyme
En 2015, un réexamen de serres d’aigle à queue blanche, découvertes en 1899 sur le site Néandertalien de Krapina en Croatie, révèle un remodelage en vue d’en faire les plus anciens bijoux connus datés de 130 000 ans. Il précède de 20 000 ans les plus anciens bijoux connus créé par l’Homosapiens à Skhul en Israël. Les Néandertaliens possédaient donc une culture symbolique 80 000 ans avant l’arrivée d’homo sapiens en Europe. Des griffes similaires qui datent de 100 000 ans avaient été trouvées au site néandertalien des grottes du Pech-de-l’Azé en France. Des coquillages percés trouvés dans la grotte de Los Aviones (Espagne), datés à 115 000 ans, sont également dus à des Néandertaliens.
L’usage d’ornements corporels par des Homosapiens est documenté à Skhul et à Oued Djebbana dès le Paléolithique il y a 100 000 à 135 000 ans. Le site de Blombos en Afrique du Sud a également livré 41 coquillages percés datant de 75 000 ans. Ils présentent des perforations et des facettes d’usure liées à leur port.
Les éléments de parure du Paléolithique supérieur d’Europe ont été étudiés par Yvette Taborin. L’analyse des premiers objets de parure permet d’en distinguer deux types : les parures issues de la simple collecte (l’intervention de la main de l’homme ne créant que le moyen de les attacher ou les suspendre) et les parures inventées (à partir d’une modification totale ou partielle du matériau d’origine).
Les parures du Paléolithique supérieur étaient principalement en coquillage ou en dents animales. Yvette Taborin s’est penchée sur des classifications qui ont permis de mettre en évidence que l’usage de certaines dents en parure n’étaient pas nécessairement en corrélation avec la répartition statistique des faunes présentes et chassées sur le territoire. Par ailleurs, les dents les plus utilisées quand il s’agit de carnivores sont les canines, les incisives s’agissant d’herbivores. En ce qui concerne les coquillages, ils peuvent être issus d’espèces vivantes mais aussi de gisements fossiles. Dans ce cas, ils sont sélectionnés pour leur grande proximité avec les espèces vivantes.
En ce qui concerne la parure inventée, elle privilégie les matériaux tels que l’os, l’ivoire, les bois de cervidés et quelques minéraux tendres. La diversité et la facture de ces parures est remarquable au Magdalénien.
Au Néolithique, la perle se développe. Façonnée dans de nombreux matériaux (coquillage, os…), elle est assemblée dans une multitude de formes (coiffes, installations sur les vêtements, parures de bras ou de jambes…).
Dès l’apparition du métal, et tout particulièrement de l’or, les techniques d’orfèvrerie se développent : filigrane, granulation, emboutissage… Il existe une grande variété de parures de qualité. Le bassin méditerranéen voit fleurir les centres de bijouterie. Les bijoutiers voyagent pour s’installer dans les comptoirs d’échanges dans lesquels ils pourront faire commerce avec de nouveaux clients. Ils emportent avec eux savoir-faire et techniques et les modifient et agrémentent en fonction des goûts et attentes de leurs clients.
En Amérique, les peuples précolombiens vouaient une admiration à l’or, pour eux sa symbolique étaient extrêmement forte et il n’aspiraient pas à posséder d’or.
En Afrique antique, chez de très nombreux peuples d’Afrique de l’Ouest, la bijouterie est déjà un art.
En Europe les Scythes développent la technique de la fonte à cire perdue grâce aux os de sèche, du cloisonné et du repoussé. Peuple nomade guerrier, domestiquant les chevaux, l’art animalier et le bestiaire qui en découle ainsi que la chimère sont des motifs récurrents de l’orfèvrerie scythe, art populaire.
Artistes sculpteurs, l’or est l’un des principaux matériaux utilisés. La particularité de ces bijoux, en plus de leur apparence stylisée est qu’ils réalisaient des objets d’apparat : arrachements pour chevaux ils transformaient ainsi leurs chevaux laissant penser à leurs ennemis qu’ils possédaient des créatures fantastiques.
En Europe, le peuple celte du VII° siècle avant J-C au V° siècle avant J-C est le premier réputé pour la qualité de ses parures et de ses bijoux. Comme pour beaucoup de cultures antiques, les connaissances que nous avons sur l’orfèvrerie celte se base sur ce que nous avons retrouvé dans les tombes. Les Celtes enterraient leurs monarques avec des colliers de pierres précieuses, des anneaux de verre, des bracelets, et des parures d’or et de bronze. Ces parures comprenaient souvent des torques symbolisant le rang social élevé du défunt.
Les bijoux celtes sont souvent colorés: ils associent l’or à du corail, de l’ambre ou de l’émail fabriqué artificiellement.
En Égypte ancienne, l’or et l’argent sont associés aux dieux; l’or représentait leur chair et l’argent leur os. Ces métaux possédaient les mêmes caractères inaltérables ainsi qu’une brillance sans pareil. Après avoir été associés aux divinités, l’or fût associé aux puissants (des éléments en or ont été retrouvés dans la tombe du pharaon Djer de la première dynastie. Les Égyptiens possédaient une grande maîtrise de la taille de pierre, de la faïence, du travail du cloisonné ainsi que de la ciselure. Chaque couleur avait sa signification et son importance.
Afrique
En Afrique antique, chez de très nombreux peuples d’Afrique de l’Ouest, la bijouterie est déjà un art.
- La tribu des Peuls exploite de petits gisements d’or depuis les temps les plus reculés. Les femmes les plus aisées portent des boucles d’oreilles d’or torsadé souvent enduit d’une patine. Cette teinture de l’or est une spécificité du peuple Peul: ils trempent les bijoux dans un bain composé de rouille et de végétaux duquel l’or ressort enduit d’une couleur rougeâtre, sans pour autant perdre de son éclat. Les femmes ne pouvant pas se permettre d’acheter des boucles d’oreilles en or leur préfèrent des bijoux en paille imitant leur effet torsadé.
- Le littoral du Ghana était aussi riche en orfèvrerie, l’or y symbolisait la force de vie sacrée ainsi que la divinité créatrice de la Terre. Les bijoux étaient destinés aux chefs des tribus pour symboliser leur rang. Puisqu’ils étaient considérés comme les fils ou l’incarnation de divinités, ils portaient des disques d’or dits « porteurs d’âme » décorés de symboles solaires.
Le Moyen Âge connaît une pénurie d’or en Europe, les techniques de dorure se perfectionnent alors. Il n’existe pas de séparation entre les arts majeurs et mineurs, les bijoux et objets d’orfèvrerie sont essentiellement au service de l’Église (Reliquaires, Autel, des images pieuses…). Cette période est particulièrement riche du point de vue du travail de l’or et de l’émail ainsi que le travail de l’enluminure. L’orfèvrerie et les bijoux sont principalement des mises en scène de passages bibliques, de représentation de Saints. Ces objets sont très riches de motifs, de pierres et de perles.
Renaissance
La Renaissance, très fortement influencée par l’art antique grec et romain, entraîne une redécouverte et une prolifération de certaines techniques et bijoux tel que la glyptique et les camées.
XIXe siècle
La mode des bijoux est restée relativement immuable pendant de nombreux siècles et réservée à certains usages codifiés. Au XIXe siècle, en France, les bijoux et parures étaient ornés de pierres soigneusement choisies en fonction du rang de qui devait les porter. La Révolution industrielle et l’apparition de la production en série ont permis de rendre accessibles des produits autrefois considérés comme luxueux.
Ce mouvement artistique se développe dans de nombreux pays mais surtout en France et en Belgique. En Allemagne, ce style se nomme « Jugendstil ». Il se détourne des canons ancestraux pour mettre à l’honneur le bijou artisanal, dans lequel la création et l’esthétique priment sur la préciosité des matériaux. On retrouve comme principales inspirations pour ce courant : la beauté de la nature, le corps de la femme résultant en des courbes sinueuses en « coup de fouet », caractéristiques de ce mouvement.
L’Art Nouveau a permis aux joailliers de se détacher de leurs positions de simples marchands et techniciens pour se sentir davantage des créateurs. Ce qui a eu pour conséquence l’utilisation de nouveaux matériaux et l’introduction de matières non nobles en bijouterie-joaillerie. Ils utilisent alors des matériaux tels que de la corne, ivoire, écaille, pierres semi-précieuses, perles baroques, émaux, etc. Les techniques les plus employées étaient les techniques d’émaillage telles que le champlevé, le cloisonné et le plique à jour. René Lalique sera la figure emblématique du plique à jour.
À cette époque, les bijoux les plus fréquemment réalisés étaient les peignes, broches et pendentifs.
En Europe, la Première Guerre mondiale est un tournant dans l’histoire du bijou car l’or est donné aux gouvernements pour participer à l’effort de guerre et les artisans sont mobilisés ou reconvertis dans l’industrie des armes. Les bijoux d’alors sont dans des métaux simples et prennent un signifiant plus grand du fait des séparations définitives ou non dues à l’époque.
Art déco : 1919-1929
Ce courant artistique est marqué par l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes datée de 1925 à Paris.
Cette période est marquée par l’après guerre et le changement de la place des femmes dans la société. Ce contexte influence la mode en général et la conception des bijoux, qui deviennent plus stylisés.
Le bijou Art Déco devient plus sobre, géométrique avec des couleurs vives qui se détache du bijou Art nouveau.
On retrouve trois tendances de couleurs : la monochromie (blanc), la bichromie (noir et blanc) et la polychromie (mélange de couleurs).
On retrouve également le répertoire animalier mais cette fois plus stylisé qu’à l’Art nouveau, avec des animaux de prédilections tels que les oiseaux, la panthère (Cartier), les chiens, lapins, poissons, reptiles (Boucheron), les créatures mythologiques comme la Chimère par exemple.
La découverte du tombeau de Toutankhamon par Carter et Carnarvon en 1922 a entraîné un engouement important pour le style égyptien, notamment avec la collection de bijoux réalisée par Cartier, aux motifs de scarabée.
Dans le bijou Art déco, on retrouvait un éventail de couleurs donné par des gemmes de couleurs nettes et uniformes, combinées pour créer du contrastes. Les pierres utilisées étaient des turquoises, du lapis-lazuli, de la malachite, de l’aigue-marine, pierre de lune, émeraude et diamant. Également des variétés plus exotiques, comme du quartz, de la topaze, de la tourmaline du jade et des coraux.
Cette période est aussi marquée par l’arrivée de matériaux alternatifs tels que la laque, le bois marqueté, le galuchat ou la peau de zèbre, et par l’utilisation de métaux innovateurs tels que l’aluminium, l’acier inoxydable et la découverte du platine. Cette dernière a permis l’invention de nouvelles tailles, tels que la taille baguette. Des matières synthétiques comme la balékite et la galatithe font également leur apparition.
On distingue plusieurs types de bijoux emblématiques de l’Art déco : sautoir, bracelet semi-rigide en ruban, bracelet lanière, le port-cigarette, broche plus petite, boucles d’oreilles…
Cartier, Dunand, Boucheron, Tiffany, Sandoz, Fouquet, Templier étaient les principaux créateurs de ce mouvement.
La Seconde Guerre Mondiale paralyse de nouveau l’industrie du bijou. Les bijoux simples réapparaissent ; des bijoux patriotiques, aux emblèmes des régiments ou des unités des soldats, sont même fabriqués.
Après la guerre, le niveau de vie s’améliore doucement avec le plein emploi et l’augmentation des salaires ; les bijoux reprennent leur place dans la vie quotidienne.
Depuis les années 1950, on peut distinguer clairement trois grands secteurs :
- la joaillerie, qui fabrique des pièces uniques ou en série limitée dans des matériaux prestigieux ;
- la bijouterie fantaisie, qui produit des pièces en série ou en série limitée dans des métaux non nobles et/ou avec des matériaux innovants tel que le plastique… ;
- la bijouterie artisanale, qui fabrique des pièces uniques ou en série limitée.
Cette forme d’expression artistique apparue autour des années 1950 sort du cadre traditionnel de la bijouterie en laissant place à de nouveaux codes de création, de nouveaux matériaux et étant accessible à de nouveaux corps de métiers artistiques, tels que peintre, sculpteur, écrivain.
Ce mouvement a permis de donner une dimension culturelle au bijou dans le but d’exprimer l’imaginaire des artistes et créateurs. Cette liberté créatrice a amené les artistes a intégrer des matériaux tels que du bois, du papier, du plastique ou encore des objets de récupérations dans leurs bijoux.
Les dernières décennies ont vu apparaître de nouveaux secteurs tels que :
- les bijoux d’artistes (peintre, sculpteur, plasticien…) sont des œuvres conçues et/ou réalisées par les artistes en parallèle de leur forme d’art de prédilection.
- le bijou contemporain, qui s’appuie sur de nouveaux codes, créant ainsi une rupture avec la tradition du bijou de luxe. L’esthétique s’efface au profit du sens et du concept. Les bijoux souvent engagés et nous questionnent sur notre rapport au corps, à la politique, à l’écologie, au luxe, etc. De même le bijou contemporain ne s’interdit aucun médium, il peut utiliser des matériaux traditionnels tout comme des matériaux innovant;
- le bijou fantaisie, un ornement qui suit la tendance et est fabriqué industriellement dans le but d’en produire en grand nombre, avec des matériaux non précieux afin de toucher un large panel de personnes ;
- le bijou de couture, un accessoire pour vêtement de haute couture. Il se distingue par son style, sa forme et ses matériaux originaux. Il est souvent de taille imposante aux combinaisons chromatiques atypiques. Ces bijoux peuvent être présentés lors de défilés par des stylistes ou couturiers. Ils sont souvent réalisés par des artisans dont le nom reste anonyme.